lundi 1 septembre 2008

Tourment

L'écriture est, dit-on, l'un de ces remèdes particuliers destinés à l'âme.
Exorciste, elle permet de coucher ce qui nous ronge, d'éviter de nous détruire par ces flots de pensée qui nous submergent.

Il est assis à table, dans la demi-obscurité d'une grande pièce. La soirée a pris fin, et pour autant, il lui reste une chose à faire, qu'il ne pourra éviter s'il veut rejoindre Morphée.
Inscrire, sur cet écran scintillant, les mots qui fourmillent au plus profond de son être.

C'est le coeur serré qu'il entend la porte s'ouvrir. Quelqu'un viendra-t-il troubler sa quiétude? Le processus créatif exige de la solitude, un vide où rien ne peut distraire de l'objectif qu'on s'est fixé.
Lorsqu'elle s'approche et passe ses bras autour de lui, faisant glisser ses mains sur son torse, c'est à peine s'il peut encore respirer. Il n'est pas de plus douce torture que l'espoir de ce qui pourrait être, et avant qu'elle ne prenne la parole, il se prend à rêver, s'accroche à cet instant et n'en désire pas la fin, tant il sait au fond de lui que les mots qui suivront ne seront pas de son goût.
Il n'a jamais connu pareille douceur.
Poignardant au plus profond de son coeur, elle le touche néanmoins par les mots mettant un terme à ses ambitions les plus folles. Comment dès lors comprendre le message? Il reste paralysé. Son esprit lui-même ne semble pas capable de continuer à penser.
Détresse, et pourtant, il savoure cet instant qu'ils partagent, que personne ne pourrait leur voler. Il existe à ses yeux, alors même qu'il se demandait si elle les avait jamais posé sur lui.

Mais il n'existe pas comme il le voudrait. Cela, ils le savent tous deux, et il ne sait pas comment le dire. Maladresse. Maladresses. Il la laisse partir, puis revient à elle. Maladresse. Il ne peut exprimer pleinement ce qu'il ressent. Alors les mots se perdent, abandonnant au trouble la cohérence espérée, la maîtrise qu'il voulait afficher.

Il ne maîtrise rien.
Il vit.

Aujourd'hui, il ne sait plus que faire. A l'évidence, le bon sens exigerait de lui qu'il se retire, qu'il n'entrave pas une route qui n'est pas la sienne par un désir inopportun. Elle a des sentiments, il se doit de les respecter, de ne pas la brusquer par des approches inutiles.
Et pourtant, il ne sait comment se résoudre à cette idée.
Son âme entière lui crie de rester proche, de faire en sorte d'offrir à cette dame ce qui, à son avis, lui appartient : la poésie, la beauté des instants, tout ce qui provient d'elle mais n'émane que de lui.

Egoïsme, sentiment amoureux ou simple égarement?

Il ne sait pas. Il n'a jamais su.
Et il ne sait toujours pas que faire.

Ou plutôt, ce qu'il sait être son devoir, il n'arrive pas à s'y résoudre.
Faudra-t-il qu'elle répète, une nouvelle fois, ce qui pourtant a été dit, ce qu'il sait pertinemment?

S'il la savait gênée, empoisonnée par lui, il agirait. Dans l'ignorance, il ne peut qu'espérer.
Et vivre, encore et toujours. Car on aurait tort de croire que le tourment est un mal dont il faut se protéger coûte que coûte. S'immergeant au sein de cette rage qui lui dévore le ventre, il ne se sent que plus vivant, plus conscient de lui-même et de ce qu'il est.

Si elle ne lui apporte qu'une seule chose, ce sera celle-là. Et cela en aura valu la peine, cent fois, mille fois.

Sentir, ressentir, des parfums qu'il est bon respirer à nouveau.

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