Marcher en équilibre sur un fil est tout un art. Il faut arriver à garder son équilibre, mais aussi faire en sorte que la prestation soit appréciée du public...
Sans perdre de vue l'objectif principal de la manœuvre : franchir le vide, arriver là où l'on désire se rendre. Sans filet, sans la moindre sécurité, un faux-pas et tout est compromis. Et quand l'artiste se donne corps et âme à sa prestation, il n'est pas question d'encourir un tel risque.
C'était la ligne de conduite qu'il s'était fixée. Marcher sur ce fil si fin, naviguer entre amitié et sentiments plus profonds, nier la tendresse, ne prêter attention qu'aux blessures et faire en sorte qu'elles guérissent. Il aurait pu marcher sur ses mains si cela s'était avéré nécessaire : il est des causes pour lesquelles on ne compte pas.
Non qu'elles soient question de vie ou de mort, non. Mais elles vous donnent l'envie de vous transcender, de dépasser tout ce que vous êtes pour un ailleurs où l'herbe semble plus verte.
Et à vrai dire, il pensait y arriver sans mal. L'ambiguïté était bien présente, mais rien n'est plus invisible que ce que l'on ne désire pas voir. Et en ces termes, tout allait bien.
Puis vint le piège. Il ne vit rien venir, ou plutôt il entrevit en un éclair tout ce qui en découlerait s'il venait à y tomber. Il pourrait bien sûr l'éviter, mais il mourait d'envie de s'y frotter. Les filets étaient toujours absents sous ses pieds, et la chute risquait d'être douloureuse. Tant pis. Qu'il tombe donc, et que la roue du temps sorte de son ornière !
Le piège dépassa toutes ses espérances. Et à vrai dire, son instigateur fut, selon lui, dépassé lui aussi. Situation paradoxale, où la raison se mettait à hurler, et où son âme pouvait enfin se reposer. On dit qu'il s'agit du propre des Gémeaux que de voir tout et son contraire en une seule et même chose. Et de s'en satisfaire sans en souffrir.
Tout venait de basculer... Et il aurait été le plus heureux des hommes si la Balance s'y était trouvée en équilibre. Mais pour elle, la rationalité pesait bien plus lourd que ce que lui avait dicté ce qu'elle identifiait peut-être désormais comme un moment d'égarement. Au plus fort de sa chute, il tenta de l'emporter avec elle dans l'insouciance.
Lui n'en souffrirait pas : vivre ce qui se présente est le plus beau des trésors. Quant à elle, il déterminait mal ce qui l'en empêchait. La peur de blesser? Mauvaise approche. La peur d'être malhonnête? Certains gestes ne trompent pas. Restait alors le désir d'être en accord avec elle-même avant de prendre le risque de s'enflammer une fois de plus... Et cela, il ne pouvait en rien l'en empêcher.
Projeter son bras vers le haut. Saisir le fil, quitte à s'en couper la paume de la main. Frayeur dans le public, mais en un effort de volonté titanesque, il se retrouve à la place qu'il avait quitté auparavant. A l'échelle du monde, une poussière d'instant s'est écoulée.
Pour autant, il n'est pas prêt d'oublier. Reste à apprendre un nouveau numéro : marcher sur les charbons ardents. Il devrait s'armer de patience, et s'attendre à l'échec... Qui vivrait, verrait. Le goût de la vie surpasse l'âcreté de la cendre.
Alea jacta est.
jeudi 30 octobre 2008
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1 commentaire:
:-) n'est-ce-pas le principe d'un bon piège, le fait que l'on veuille tomber dedans?
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