Impression d’être minuscule.
Il est à sa place, au sein d’une armée dont le nom est oublié depuis trop longtemps. D’autres lui font face.
Eux aussi ont oublié quelle cause ils servaient au juste. Peu importe.
La finalité est de vaincre. Elle seule mérite tous les sacrifices, même le plus extrême. A vrai dire, il sait bien que le combat finira en mêlée confuse. Les tabards gris se tacheront de rouge, tous n’auront plus en tête que de rester seul, victorieux.
Ses choix peuvent paraître conventionnels. Une épée, un bouclier. Une cotte de mailles. Bien sûr, la créativité peut être une force, les outils innovants pouvant amener la force de la nouveauté. Qui finit invariablement par lasser. Lui maîtrise tant bien que mal la base, les techniques éprouvées, essayant d’y injecter son empreinte. La subtilité se situe dans la formule, et dans la présentation… Le contenu, quoi qu’on y fasse, est toujours le même.
La maîtrise n’est de toutes façons pas un gage de réussite. Bien souvent, des coalitions se forment rapidement pour venir à bout des plus grosses pointures. Garder profil bas… Se montrer d’une constance irréprochable, savoir surgir de là où l’on n’est pas attendu pour trouver la faille qui mènera à une victoire sans heurts.
Sa plus grande faiblesse ? Le Feu qui s’empare de lui, quand il enchaîne les passes d’armes. Patience est maîtresse vertu, mais il veut l’issue au plus vite, quitte à y perdre des plumes. Il sait fort bien que certains de ses échecs proviennent uniquement de son emportement. Néanmoins, il s’agit d’une force. Surprendre, désarçonner, frapper. Un coup au cœur, un seul, peut suffire. Un bon enchaînement est souvent quitte ou double. Il est joueur.
Le combat s’engage. Autour de lui, les coups pleuvent. Il se place, il attend. S’il se fend ne serait-ce qu’une fois, il ne pourra s’empêcher d’en faire trop, de se perdre. Observer, temporiser. Bouger. Trouver les appuis nécessaires, les adversaires à tenir à l’œil. Nombre de combattants présents n’ont rien à gagner. Composante essentielle. Ils n’en sont pas moins dangereux, voire indispensables. Déterminer le victorieux, ou celui qui ne le sera pas, c’est leur façon de se placer dans le monde. Garder un œil dans le dos. Les coups de poignards sont légion. Survivre, c'est glisser sur la vague.
Opportunité. Surprendre. Coup de bouclier, parade à l’épée. Sortir de l’axe, utiliser les chemins de traverse. Frapper, reculer, se replacer. A bien y repenser, et même si chaque combat est différent, la Conquête pourrait être théorisée. Cela, il le craint. Il aime se sentir libre, il aime pouvoir varier les combinaisons, tenter d’en former des nouvelles, même si certaines à chaque assaut reviennent. Le tout étant que personne ne s’en aperçoive.
Il est impossible de s’en sortir indemne. En tous les cas, il n’a jamais vu pareille situation. Au mieux, certains dissimulent… Personne n’est dupe. Sa passivité lorsqu’il ouvre le bal lui permet une longévité accrue. Parer habilement les attaques, placer son corps de façon à maximiser la protection des mailles. Où sera la faille, cette fois ? Une vilaine blessure à la jambe, limitant sa mobilité, détruisant nombre de figures de style possibles ? Un coup puissant dans le foie ou les reins, le tuant peut-être lentement, mais le désignant immédiatement comme condamné ? Un assommement, le laissant à la merci de tous ?
Il se sait faible. Mais il s’agit du lot de chacun.
Il fera de son mieux.
mercredi 31 octobre 2007
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