Malheureux ! Vous ne pensez quand même que j'ai écrit deux textes en un soir, non ?
Hé bien non. Issu d'une discussion enneigée, ce texte trainait plutôt que de paraître.
Erreur reparée !
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Tragédie en une pièce
Ils s'aiment. Profondément, plus que tout au monde. A vrai dire, ils ne forment plus qu'un tout depuis longtemps. En chaque chose ils sont deux et à tous ils semblent indissociables.
N'est-ce pas magnifique, de partager avec un Autre chaque instant de l'existence? N'est-ce pas le rêve de tout couple, d'accéder à une fusion si parfaite qu'elle est à la fois ensemble et individualité?
Et pourtant, ils ont à faire face au désespoir le plus complet. A quoi sert leur union s'il n'en est jamais qu'un seul des deux à avoir le dernier mot? A quoi sert leur proximité si en toutes choses on préférera l'un à l'autre? Ils sont égaux. Mais jamais ils ne seront choisis dans leur ensemble, car aux yeux de tous ce nouvel être qu'ils forment n'a plus aucun rapport avec les entités distinctes qu'ils furent.
Dès lors, si parfaitement liés l'un à l'autre qu'ils puissent être, ils se tournent le dos. Malédiction suprême, eux qui évoluaient comme une somme parfaitement équilibrée se voient réduits à un seul et même tout. Et cela les rend fous, eux qui déjà sombraient dans la folie de l'Amour, les voilà rejetés dans la solitude d'un cocon qu'ils ont eux-mêmes tissés. Voilà tout ce qu'ils ont gagné à s'aimer.
Il n'est plus personne aujourd'hui pour s'émerveiller de cette chimie si étrange qui connecte deux êtres, qui les lie irrémédiablement quoi qu'il advienne. Tout cela paraît aller de soi, tout cela paraît codifié, tant et si bien qu'il devient impossible d'envisager l'existence de l'un des deux êtres en solitaire. Ou même, d'un autre type de relation que celui qui gît, coulé dans le bronze.
Et si l'un de nos deux compères se prenait à rêver? Et si, tout à coup, il pouvait être libre, aller où bon lui semble sans que l'Autre ne soit un frein, un poids qu'il doive transporter par devers lui? Cela ne serait-il pas merveilleux?
A condition, bien sûr, de cette fois construire autre chose qu'un nouvel ensemble. Mais que faire, alors? Quel chemin emprunter pour s'assurer l'indépendance sans oublier les douces caresses d'Eros? Est-ce seulement de l'ordre du possible?
Pile l'ignore. C'est pourquoi il ne quittera jamais Face.
dimanche 25 janvier 2009
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