samedi 24 janvier 2009

Exercice IV

Quelques mots, qui m'ont emmené en voyage au pays des souvenirs.
Au départ d'un exercice innocent, merci de m'avoir offert l'occasion d'écrire ceci.

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Il fut une époque, lointaine au regard d'une fleur, où elle était belle, resplendissante. Sa vigueur était perceptible de ses moindres racines à l'extrémité de ses épines, et la couleur de sa robe n'était rien d'autre qu'une invitation des plus joyeuses aux abeilles en quête de nectar. Mais le temps fit son office, et nul n'échappe à son emprise. Lentement, la couleur de ses pétales se ternit, sa tige commença à ployer sous le poids des jours, et les insectes se désintéressèrent de celle qui avait été, l'espace d'un instant, la reine des roses.

La douleur fut foudroyante, mais elle ne dura pas. Lentement, méticuleusement, la fleur fut soulevée de terre, emportée loin du seul espace qu'il lui avait jamais été donné de voir. Et pourtant, celle qui l'emportait maintenant vers d'autres horizons faisait preuve d'une infinie douceur envers elle. Qui était cette personne, qui l'arrachait à cette fin qui devait être la sienne?

Une vieille dame. Ses vêtements semblent un peu trop larges comme si, taillés sur mesure en un autre temps, ils avaient du faire face à un changement brutal. Son visage exprime le calme et la bonhomie de ceux qui ont vécu si longtemps que presque tout pourrait les faire sourire, et pourtant une larme pointe au coin de l'oeil. Sa démarche est lente et réfléchie, car la sagesse lui commande désormais la circonspection vis-à-vis d'un environnement truffé des pièges les plus vils.

Mais surtout, elle se déplace dans le plus grand silence, forte d'un cérémonial dont elle est la seule à maîtriser les codes. Par la porte-fenêtre baignant dans le soleil froid d'une matinée de printemps, elle réintègre sa demeure et se dirige vers la table, où trône un vase déjà empli d'eau, prêt à accueillir sa victime infortunée. Les gestes la dame deviennent de plus en plus lents alors qu'elle s'immobilise au-dessus du récipient, qu'elle inspecte la fleur pour qu'elle ne s'étouffe pas une fois dans son nouvel élément. Puis, elle sourit et parachève le rituel, plaçant la rose au centre de la pièce.

Grand-mère prend alors la parole. Elle aurait souhaité que sa voix soit pleine de légèreté, teintée d'un humour pétillant, mais elle ne peut que reconnaître la douleur qui pointe dans sa voix.
« Tu vois, Rose, tu as bien profité de cette existence pleine de liberté que tu avais au jardin, mais tu allais sombrer dans l'oubli. Je t'offre une seconde vie, entièrement différente, mais où tu auras ta place jusqu'à ce que tes forces te quittent. Et j'espère, oui j'espère avoir moi aussi cette chance. »

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