Le guerrier prit la décision de faire face à son destin. Le lendemain, lors de la session d'entraînement ordinaire, alors que le prince préparait son matériel comme si de rien n'était, il s'approcha et aborda le sujet le plus difficile qu'il pouvait imaginer : le futur de sa propre existence. Allant à contre-courant des coutumes mettant en avant la pudeur et la retenue masculine, il exposa à quel point la situation lui semblait étrange, et combien il lui semblait nécessaire d'y remédier.
D'un geste, le Prince congédia tous les membres de la cour venus assister au spectacle du brillant Héritier recevant des conseils d'un vieux bouseux. Dans ses yeux brillaient une lueur sans appel, de celles qui vous font savoir qu'il commandera un jour, qu'il est né dans ce but et qu'il s'y conformera sans la moindre hésitation. La place fut nette avant qu'un ange ne prenne le temps de passer.
Les deux hommes se firent face. Le premier avait affronté nombre d'ennemis, tous familiers du style de celui qui lui faisait face. Le second portait le talent, le feu intérieur en son seing, la fierté de son rang. Le maître l'ignorait, mais l'élève aussi désirait affrontement qui n'aurait probablement jamais lieu. Le silence ne dura pas. La pupille prit la parole, et à nouveau, le guerrier fut surpris par sa maturité, la clarté de sa vision des choses.
Le lien qui les liait ne correspondait pas aux schémas des possibles dans l'univers dans lequel ils évoluaient. Libéré des contraintes sociales, le Prince put confier ce qu'il ressentait à propos de son enseignant, ce mélange de répulsion non feinte et d'attirance pour son style, sa manière d'être, si libre, si directe. Ils étaient face à une problématique, et ils étaient tous deux contents de pouvoir l'évoquer enfin à bâtons rompus. Comme un abcès que l'on crève, les mots coulèrent et une solution se dessina lentement.
Il n'était pas question que le Prince modifie son attitude à l'égard du guerrier. Il n'était pas question que le guerrier espère autre chose que le quotidien auquel il avait droit à ce jour. Mais un équilibre pourrait se trouver entre les lignes, à l'ombre des moments qu'ils pourraient passer en privé. Les entraînements deviendraient une vitrine où chacun se forgerait une opinion quelconque de la situation, pendant qu'à petits pas, les deux hommes échangeraient ce que bon leur semblerait sur un temps plus espacé. Le maître ferait donc ce qui lui était demandé, enseigner, tandis que l'élève pourrait vivre son envie de connaître son ennemi en filigrane.
Le serment du vieux combattant restait en suspens au-dessus d'eux. Le Prince l'avait ordonné, sans avoir jamais imaginé qu'on lui adjoindrait son adversaire comme professeur. L'homme l'avait accepté, sans avoir jamais imaginé qu'il se retrouverait un jour face à un ennemi qui lui donnerait si vite l'envie de reprendre les armes. A ce jour, tous les deux pensaient encore que la promesse était une bonne chose, qu'elle les protégerait de tout dérapage, sachant aussi bien l'un que l'autre combien un simple duel peut apprendre sur une personne, combien ils avaient appris de leurs affrontements passés, même s'ils ne s'étaient jamais fait physiquement face. Peut-être le Prince souhaitait-il ardemment qu'il n'ait jamais lieu, tant l'abysse de l'inconnu qui l'attendrait à l'issue du combat lui semblait incertaine. Peut-être le vieil homme le souhaitait-il un peu plus, curieux de voir ce qu'impliquerait un nouveau coup de butoir dans sa destinée.
Mais une chose était certaine : ils venaient de passer un pacte dont seul le temps serait l'arbitre. Et du temps, l'un comme l'autre en avaient à revendre. Restait à voir comment ils en feraient usage.
mardi 25 novembre 2008
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1 commentaire:
L'intérêt est dans l'imagination
cordialement
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