Mi-ange, mi-démon. Chaque personne possède de multiples facettes, mais bien souvent, il aime à croire que sa gémellité l'a particulièrement bien armé pour faire face à toutes situations.
Et pourtant, certains instants sont plus difficiles que d'autres. Pris par surprise, il pense rejoindre un Trois annoncé et découvre un Quatre qu'il avait pressenti, quelque part. Ce Quatre. Aucun autre.
Une pulsion lui crie de fuir. Ce ne serait pas bien difficile, il a appris à mentir quand c'était nécessaire. Il déteste le faire, laissant cette capacité aux souvenirs et aux moments les plus durs.
Il se dresse alors, fier et décidé, un demi-sourire triste vite dissimulé sous les gouttes de pluie. Il fera face, peu importe le manque de prévenance dont il a été fait preuve. Se montrer un hôte correct, voilà qui devrait être dans ses cordes.
Et ça l'est. Rapidement, le Masque se pose sur son visage, et il redevient Celui qui Souffrait : un peu acide, toujours l'air de rire, affichant une insouciance dissimulant efficacement la profondeur de ses sentiments. Ceux-là n'ont plus voix au chapitre. Il doit les effacer, pour un temps.
Mais il ne veut pas redevenir celui qu'il a été. Le gris et le plat ne sont plus à son goût. On pourrait croire à un ange, drapé de bonnes intentions, et pourtant, c'est le démon qui agit, manipule, dissimule et fait croire. Naturel. Si naturel. Le jeu est facile, et l'écran de Fumée tient bon. Il pourrait même faire croire qu'il apprécie l'instant, que la compagnie est agréable.
Mais sitôt la confidence possible, le Masque tombe et la Confidente soupire. Elle le pensait prévenu, regrette de le voir ainsi. Pour quelques minutes, loin des regards, il redevient lui-même. Bien-être. Les sentiments sont durs, cruels, mais il ne les abandonnerait pour rien au monde. Plus jamais. Une chose positive? Il note l'empathie de celle à qui il se confie. Se connaître si peu, et pour autant, comprendre aussi bien... Si la note agréable doit être trouvée, elle n'est nulle part ailleurs : il espère pouvoir chérir cette amitié naissante précieusement, touché.
Retour à la scène. Jouer des rôles est une seconde nature, sourire est facile. Il se rappelle avec amertume le temps où la monnaie était courante, où il soupirait si fort qu'il dut sacrifier un ami. Du chaos, il n'en veut plus. Le Démon l'aidera à aller au bout de la soirée, et il se promet de ne plus s'y laisser prendre. Place nette, que personne n'ait à souffrir de ce qu'il ressent. Et surtout pas l'Une. L'ironie n'en serait que trop amère. Il n'est pas à sa place, et elle n'aura pas le courage de le repousser complètement. Il espérait y voir une porte ouverte, mais il sait qu'il ne s'agit que de cette trop grande bonté dont elle fait preuve.
Le repas s'achève, le temps a filé suffisamment vite pour qu'il puisse s'éclipser. Il en prend donc le parti, glissant au hasard d'un duo les quelques mots nécessaires à l'Une.
Marchant en rue, il repense à ce qui gît au fond de son sac. Ironie du sort. Et pourtant, rien n'a changé pour lui, il se sait Phénix, son âme brûle toujours. Peut-être, un jour. Mais en attendant, la solitude de l'écriture l'attend, et son pas s'accélère, pressé qu'il est de poser son sac sur l'écran scintillant.
Puis c'est la surprise. Des mots lancés par celle qu'il a tant attendu... Des mots touchants, que seule Elle aurait pu écrire. Il soupire, sourit. Les larmes ne sont pas dans sa nature, il aimerait croire que c'est physiologique. Et pourtant, elle les arrache, timides mais présentes. Elle sait ce qui, plus que tout, le touche. Elle sait utiliser les mots qui poseront sur la vieille plaie le cataplasme rassurant. Elle. Les coïncidences sont parfois bien cruelles.
Il relit les mots, sourit, et se lance dans l'Ecriture. Il n'essaie pas de structurer, il raconte. Et finalement, comme toujours, le résultat lui déplaît. Mais il sait que s'il veut un jour apprécier son travail, il doit s'exercer. Alors il s'expose. Encore une fois. Non qu'il aime qu'on le regarde. Mais l'inspiration est là, et le Rituel doit s'accomplir.
Le Démon l'a quitté. L'Ange retourne aux mots qui l'ont pris par surprise, puisant la Paix.
Merci.
mercredi 3 septembre 2008
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